L’acteur Gérard Butler raconte son accident à Mavericks

Propos receuillis par Surf Session

Tout a commencé lorsque nous filmions une scène dans laquelle je ramais au milieu de ces énormes vagues. Je n’étais pas supposé surfer à ce moment là. Dans cette scène, Jay (Moriarity) est en train de me regarder, mais je ne sais pas qu’il me regarde ; c’est censé être la toute première fois qu’il voit Mavericks. Il est en train d’observer depuis la falaise, tandis que nous ramons vers le large et que les vagues sont dingues. Donc nous étions en train de filmer – nous ramions vers le large en passant au-dessus de la crête des vagues – et nous nous étions un peu rapprochés des rochers à l’intérieur. En fait, c’est un peu de ma faute parce que j’ai dit : « Non, allons là-bas. Allons voir à quel point elles sont grosses par là-bas”. J’ai ensuite dit à tout le monde : “Il n’y a pas de problème, allons-y » et je dois admettre que c’était complètement inconscient de ma part de sortir ça.

Tout d’un coup, un énorme set est entré. Je savais qu’il y avait un risque que ça arrive en faisant cette scène ; il y avait toujours une chance que je me fasse avoir à l’intérieur. Donc nous étions tous les quatre au milieu de ces vagues, lorsque Greg Long s’est retourné et s’est mis à crier : “Rame, Gerry, rame !”. J’ai alors vu cette vague arriver, mon Dieu, de près de 800m au large, et je me suis mis à ramer, ramer, ramer. Le temps qu’elle arrive sur moi, j’étais épuisé. J’avais déjà passé six heures dans l’eau gelée de Mavericks à enchaîner les scènes, en ramant par-dessus des vagues. Comme je l’ai déjà dit, je ne suis pas un surfeur, et encore moins un surfeur de gros. C’est alors que la vague m’a attrapé, et m’a jeté au fond. Immédiatement j’ai pensé : “C’est bizarre”, parce que je n’étais pas poussé dans une direction particulière. J’étais juste en train de dégringoler. C’est à ce moment là que j’ai essayé de tirer sur ma jambe, et que j’ai réalisé que j’avais perdu ma planche. Mon leash avait été arraché.

’j’étais en train de tourner dans tous les sens. Je ne savais pas où j’étais, et je commençais à avaler de l’eau. L’eau continuait d’entrer dans ma bouche et je pensais : “Pourquoi suis-je en train de vivre ça ? Je ne comprend pas”. Je n’avais déjà plus d’air, et je savais que j’avais besoin de remonter. J’avais besoin de remonter très vite, mais je n’allais nulle part. Je commençais à me sentir vraiment mal, et c’est alors que j’ai entendu ce lourd fracas tandis qu’une autre vague se brisait au-dessus de moi, et la machine à laver a recommencé.

J’ai alors pensé : “Oh mon Dieu.” J’avais tourné des scènes un peu plus tôt, dans lesquelles je parlais du fait d’être maintenu pendant deux vagues sous l’eau. J’y évoquais à quel point la peur et la panique sont la différence entre la vie et la mort. Quand tu paniques là-bas, tu meurs. Notre assistant réalisateur disait tout le temps : “Mon pote, ça c’est Mavericks. Tu paniques, tu meurs !” La minute suivante j’étais donc sous l’eau et je me disais que si je paniquais de quelque façon que ce soit, j’étais foutu. Et tout ce que je pouvais penser c’était : “Merde, il y a toute une équipe de tournage là-haut qui se dit, ‘Je pense que Gerry a de très sérieux problèmes.” Je pouvais ressentir les choses évoluer du moment où ils penseraient : “OK, tout ça est un peu trop intense”, vers le moment où ils commenceraient à se dire : « Oh merde. Ça pourrait en être fini. Gerry pourrait ne pas remonter.”

Et là finalement, lorsque je suis remonté, je n’ai eu que quelques secondes avant d’être renvoyé vers le fond. La vague suivante est arrivée alors que Grant Washburn était en train d’essayer de me récupérer sur le jet-ski, mais il ne pouvait pas. J’étais seulement à 1,5m de lui, mais la vague suivante est arrivée et il a du faire demi-tour et s’éloigner. Je savais ce qui était en train de se passer ; la vague l’aurait eu, mais lorsqu’il a fait demi-tour j’ai pu voir la peur sur son visage. Je m’étais déjà retrouvé dans quelques situations un peu effrayantes lorsque nous filmions, et Grant avait été tellement cool. Il avait toujours été là pour moi. Cette fois-ci, ce n’est pas qu’il n’a pas été cool, il a été incroyable, mais le voir aussi effrayé… Il n’était pas effrayé pour lui-même, il l’était pour moi. J’étais donc renvoyé vers le fond et je pensais : “Si il a eu cette expression là, c’est que c’est une très mauvaise situation.”

Je suis finalement remonté à nouveau et Peter Mel, qui était un peu plus loin sur le côté, essayait de me dire : “ça va aller, ne t’inquiètes pas ! Reste cool, ça va aller !” Mais déjà une autre vague était arrivée et m’avait envoyé vers le Boneyard (rochers réputés très dangereux, situés à l’intérieur de la zone d’impact de Mavericks ndlr). Alors que la situation était en train de passer de très mauvaise à encore pire, Grant m’a attrapé et m’a mis sur le jet-ski.

J’ai le sentiment que j’ai utilisé le moindre petit bout de sagesse et de courage que j’ai pu accumuler dans ma vie lors de ce film. Si je n’avais pas su à quel point c’était important de rester absolument calme, j’aurais été foutu. Parce que même lorsque j’avalais de l’eau et que je tournais dans tous les sens, et alors que ça devenait vraiment douloureux, je me suis dit, “Rappelle toi de quoi parle ce film. La peur est saine, la panique est mortelle.” Et grâce à cette pensée j’ai survécu à deux vagues successives passées sous l’eau, et ça sonne cool juste de le dire.

Après ça, Zach Wormhoudt m’a envoyé un message. Il est venu dans l’ambulance avec moi, et il a été incroyable. Tous les surfeurs ont été incroyables, ils ont tous été vraiment cools. Mais Zach est venu dans l’ambulance avec moi et il m’a juste dit : “Hey, mec. Tout va bien. Pas de soucis.” Il m’a ensuite envoyé un e-mail le jour suivant disant : “Tu sais quoi ? Très peu de gens peuvent savoir ce que l’on ressent lorsque l’on est maintenu sous l’eau si longtemps et que l’on est si impuissant. Certains pensent qu’ils savent, mais ils ne savent pas, et maintenant tu sais.” C’était très poétique. Il m’a dit : “C’est comme demander à une danseuse ce qu’elle a ressenti lors d’une danse. Elle n’arrive pas à mettre des mots sur ce qu’elle a ressenti ; elle danse tout simplement, elle ne fait que ressentir cette danse. Et personne ne peut savoir ce que c’est à moins de réaliser cette danse. » Quand il m’a dit ça, ça a vraiment pris tout son sens pour moi. C’était vraiment beau. C’est ce qui m’a constamment surpris, de voir à quel point beaucoup de ces surfeurs sont éloquents et poétiques dans leur façon de voir la vie, dans leur façon de voir l’océan, le surf et leur art. Ils m’ont vraiment décontenancé. J’aurais pu les écouter pendant des jours.

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